L’histoire de Martine

  • Les auteurs

Martine est née de l’imagination de deux artistes : un poète et un illustrateur.

Le poète, c’est Gilbert Delahaye. Il est né en Normandie en 1923, puis il a travaillé en Belgique, aux éditions Casterman. Comme il aimait beaucoup écrire des poèmes et des histoires pour les enfants, Monsieur Casterman lui a demandé d’écrire les aventures d’une petite fille. C’est ainsi qu’à 30 ans, il écrit Martine à la ferme. L’album connaît un succès immédiat.

L’illustrateur s’appelle Marcel Marlier. Depuis qu’il est tout petit, il adore peindre et dessiner. Très doué, à 23 ans, il a déjà réalisé de très beaux livres illustrés. Il habite à Tournai, en Belgique, justement où se trouvaient les éditions Casterman. C’est là qu’il a reçu le texte de Martine à la ferme écrit par Gilbert Delahaye et en dessinant Martine, il a donné vie à une petite fille dont les aventures sont connues dans le monde entier !

Marcel Marlier naît, le 18 novembre 1930, à Herseaux, commune de la Picardie belge, à proximité de la frontière française.

Son père est menuisier-charpentier ; son grand-père, une figure très populaire dans le quartier. Assis sur le seuil de sa maison, il raconte des histoires aux enfants, entrecoupant son récit par quelques bouffées d’une longue pipe dont il a façonné lui-même le tuyau dans une branche de sureau. Premier éveil de l’imaginaire…

Un autre personnage va influencer le jeune Marlier. Albert Mercier, peintre ornementiste, s’adonne à la peinture à l’huile pendant ses moments libres. Il emmène cet enfant de six ans peindre « sur le motif ». Il va aiguiser sa sensibilité, l’ouvrir aux tonalités variées des paysages, à la lumière changeante du jour.

Quand je dessine un paysage, je dois en être entouré, avoir la certitude de percevoir son odeur, éprouver le sentiment de frissonner sous le vent. J’ai toujours voulu illustrer des livres et faire en sorte que le lecteur croie à mes dessins. C’est toujours resté ma préoccupation. (Marcel Marlier)

  • Martine – Une Histoire

La collection Farandole ou La Naissance de Martine

Après qu’il ait réalisé divers travaux d’illustration, Casterman fait parvenir à Marcel Marlier un texte de Jeanne Cappe, cette grande dame de la littérature enfantine qui a longtemps animé le catalogue jeunesse de l’éditeur tournaisien. Il s’agit de Deux lapins tout pareils, pour lequel Marlier va réaliser des dessins à l’aquarelle. Dans ce premier album de la collection Farandole, édité en 1953, le lecteur trouve déjà toutes les caractéristiques de l’art du dessinateur : la recherche des attitudes et l’expression des sentiments chez les personnages, l’importance de la nature et le sens du détail (ainsi le mur de la maisonnette est-il tapissé de motifs de carottes, tandis que le cadre qui entoure le portrait du grand-père prend la forme d’une tête de lapin).

Le texte suivant est signé Gilbert Delahaye, poète mais aussi chef d’atelier de composition chez Casterman. Le personnage principal est une fillette qui s’appelle Martine. C’est l’été, il fait radieux, la nature est florissante ; Martine et son amie Cacao se rendent à la ferme et découvrent une multitude d’animaux : des canetons, des poussins, des lapereaux, des agneaux, des porcelets, des veaux, des poulains…

Martine à la ferme et Martine en voyage paraissent tous deux en 1954. Le personnage déclenche une sympathie immédiate. Mais notre dessinateur est loin de se douter que ces titres inaugurent une très longue série qui va s’imposer dans le monde de la littérature pour la jeunesse. Gilbert Delahaye, l’auteur, et Marcel Marlier, l’illustrateur, vont rapidement se découvrir des émotions paternelles pour Martine. Une complicité respectueuse des tâches de chacun va se nouer entre eux.

Les animaux – Le souci de l’exactitude

Lorsque Marcel Marlier représente un animal, il l’étudie d’abord avec soin, l’observe longuement puis se met à dessiner d’après modèle. Des dizaines et des dizaines de croquis se juxtaposent sur de grandes feuilles : les attitudes sont ainsi fixées et peuvent ensuite être reproduites sans la présence du sujet.

Chaque mouvement fait l’objet d’une attention particulière, mais pour lui, le cheval est l’animal qui permet le mieux de comprendre tous les mécanismes de la morphologie.

S’il s’agit du hérisson qui se déplace lentement, Marcel Marlier s’attache au manteau de piquants, pour en expliquer toute la souplesse et montrer des plis que les mouvements entraînent.

Par contre, s’agissant d’insectes, le dessinateur doit les capturer avec délicatesse et les placer quelques instants dans le réfrigérateur… Ses modèles engourdis, il peut alors travailler !

Marlier est très attaché aux animaux. Avec son chien, il dispose du modèle permanent de Patapouf, le fidèle compagnon de Martine. Apparu dès le troisième album (Martine à la mer), c’est le complice que l’on retrouve immuable à chaque aventure, alors même que sa maîtresse évolue dans sa physionomie ou sa garde-robe.

Lorsque je réalise les dessins définitifs, j’aime m’isoler. Je me rends dans un chalet près d’un étang. Un jour, j’allais pique-niquer lorsque je constate qu’une chatte est entrée dans la voiture et a mangé les cuisses de poulet prévues au repas. La chatte attendait des jeunes ; elle a élu domicile dans le chalet jusqu’à la naissance de ses petits. C’est un peu l’histoire que vivent Martine et son frère. (Marcel Marlier)

Depuis le premier album, en 1954 (Martine à la ferme), jusqu’à nos jours, Martine a revêtu des apparences différentes : au fil des années, elle s’est adaptée à son époque en douceur.
Elle te donne aujourd’hui l’occasion de voyager dans le temps, grâce au miroir magique.
Clique sur l’image pour traverser le miroir du temps.




























































La résidence et le jardin de famille serviront de décor à plusieurs aventures. Mais les sources d’inspiration de lieux sont multiples. Martine s’aventure dans des paysages et des villes recomposées par Marlier, que les lecteurs du Nord de la France et de Belgique peuvent reconnaître : Lille, Tournai, Bruxelles, Damme…

Un sentiment d’invention et de liberté

La composition est travaillée à la gouache. Le décor et les éléments de l’action y sont représentés à larges traits pour dégager les lignes de force. Ces ébauches permettent les recherches les plus diverses, elles procurent un sentiment d’invention et de liberté.

Les esquisses préparatoires choisies, Marcel Marlier passe aux dessins définitifs, en tenant compte de l’espace que prendra le texte sur la page. Pour l’illustrateur, déjà préoccupé par la phase finale du processus d’édition, cette étape est très rapide : quelques jours à peine.

Les premiers albums ont été exécutés à l’aquarelle, technique qui ne permet pas la retouche. Toutes les zones claires devaient être réservées. Aujourd’hui, le dessinateur utilise aussi bien la gouache, l’écoline, le crayon, l’aquarelle, les peintures à pigments comme l’acrylique. Dans plusieurs aventures de Jean-Lou et Sophie, il a même travaillé directement sur des photographies.

La technique de la gouache permet un travail plus rapide : le fond peut être modifié à tout moment, un élément ajouté lorsque le dessin est terminé.